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Les Amazones, premières féministes ?

La femme est une guerrière qui s’ignore.
L’histoire a présenté les femmes comme des sous êtres-humains, qui n’avaient guère plus de valeur que des esclaves. Cela les a induites subrepticement à se croire inférieures aux hommes. De fait, la psychologie collective associe encore aujourd’hui la féminité à la faiblesse. Quand on pense à la beauté d’une femme, on imagine une certaine fragilité physique et mentale.

Le féminisme tend à une parité entre hommes et femmes. Est-ce un projet inaccessible ? Force est de constater que ce mouvement dérange car il pointe du doigt un préjugé délirant sur la femme : sa prétendue infériorité.

Il me semble logique d’aborder le mythe des Amazones, ces femmes guerrières que la tradition situe sur les rives de la mer noire, en Asie mineure. La légende les a tantôt glorifiées, tantôt fantasmées. On ne sait plus où la réalité prend racine pour donner naissance à un imaginaire onirique. Qui étaient ces femmes, et pourquoi agissaient-elles ainsi ? Le mythe a-t-il eu une influence sur le féminisme occidental ? Je choisis un axe de réflexion en trois temps : d’une part, l’histoire des Amazones pour délimiter la réalité du mensonge ; d’autre part en présentant des figures féminines Amazones de proue ; enfin, en tentant de comprendre leur influence dans la vision féministe moderne.

Histoire des amazones

 La légende

Déjà, Aristote en parlait dans son livre Histoire des animaux, filles d’Aphrodite, les Amazones habiteraient les rives du fleuve Thermodon et tueraient les nourrissons de sexe masculin ou les rendraient boiteux pour en faire plus tard leurs serviteurs. Elles s’uniraient une fois par an avec les hommes des peuples voisins pour assurer leur descendance.

Elles sont représentées communément avec un bouclier en forme de demi-lune, un arc, des flèches, une lance, une hache et un cheval. La littérature de la grèce antique met très souvent en avant la lutte des héros contre les Amazones : Achille, Héraclès, Thésée, Virgile.

En revanche, l’Illiade montre une autre facette du mythe des Amazones. Homère en fait les figures héroiques positives de son oeuvre et les protectrices des cités à qui l’on rend un culte funéraire.

« Autrefois vivaient les Amazones, filles d’Arès, habitant près du fleuve Thermodon. Elles étaient les seules parmi les peuples d’alentour à revêtir une armure de fer et elles furent les premières de tous à monter à cheval ; grâce à eux, elles pouvaient, à cause de l’incapacité de leurs adversaires surpris, atteindre les fuyards et échapper à ceux qui les poursuivaient. On les considérait plus comme des hommes, à cause de leur courage, que comme des femmes, selon leur nature ; elles paraissaient en effet supérieures aux hommes par la vigueur de leurs âmes, plus qu’elles ne leur cédaient par leurs corps. Alors qu’elles commandaient de nombreux peuples, elles avaient déjà réduit en esclavage ceux qui les entouraient ; ayant entendu parler de la gloire de notre pays, elles conçurent un grand espoir de s’illustrer ; prenant avec elles les plus belliqueuses des nations, elles lancèrent une expédition contre notre cité.  » – Lysias, Éloge funèbre 4

Si ce mythe est perçu par les grecs anciens avec une grande misogynie, c’est en raison de la société matriarcale que symbolisent ces guerrières. Les hommes de cette époque en ont horreur et préfèrent voir dans les Amazones de simples femmes domestiquées par Thésée qui retournent à leur rôle domestique, ce qui rétablit l’ordre social par la frontière des sexes.

La réalité historique

Vers -2000 avant J-C, suite à des violents combats avec les Égyptiens, des guerriers scythes perdent la vie dans une embuscade et les femmes, restées seules, prennent les armes. Ce sont certainement leurs épouses, or, pour les grecs anciens, il est inconcevable qu’une femme aille chevaucher et guerroyer.

En 2012, l’archéologue Jeannine Davis-Kimball a trouvé près de la frontière entre la Russie et Kazakhstan des tombes de femmes guerrières datant entre 600 et 200 avant J-C. L’une des tombes était richement garnie de nombreux objets et bijoux féminins et également de 100 pointes de flèches. Une enquête approfondie menée dans la même région a démontré l’existence d’une tradition vivace de la femme archer et de cavalière émérite, leur arc étant de forme très caractéristique,  exactement identique à celui qui est représenté sur les céramiques antiques.

Des relations génétiques ont également été prouvées entre les restes humains trouvés dans les tombes et certaines familles mongoles dont des filles naissent parfois blondes, caractéristique particulière des Amazones, ce qui est un fait unique dans ces ethnies à la chevelure noire. Cela démontre donc un mélange entre des tribus mongoles et les restes de l’ethnie des Amazones dont l’origine exacte reste pourtant encore difficile à prouver.

Les Amazones ont bel et bien existé, bien que le mythe l’emporte très souvent sur la réalité historique. Fières guerrières, leur légende prit toutefois naissance dans la misogynie de la Grèce Antique, que les récits héroïques faisaient passer pour des barbares à exterminer. Nommer explicitement ces figures féminines permet de cadrer leurs actions dans un contexte social et historique plus proches que nous.

Mais, qui sont-elles ?

  • Hippolyte: elle serait une reine des Amazones, et fille d’Arès. Elle mena une guerre contre Athènes, qu’elle perdit.
  • Lampédo : Reine Amazone, elle régna avec sa soeur Marsépia. Elles se disaient « filles de mars » pour terroriser leurs ennemis. Son nom lui vient de la procession en l’honneur de la déesse de la chasse Artémis.
  • Antiope : Mère d’hippolyte, elle aurait été l’épouse de Thésée. C’est durant la bataille d’Attique qu’elle perdit la vie , tuée accidentellement par une Amazone du nom de Molpadia.Sa tombe est à Athènes.
  • Les amazones du Dahomay : c’est un ancien régiment militaire féminin qui exista au bénin jusqu’au 19e siècle. Seh-Dong-Hong-Beh (ce qui signifie « Dieu dit la Vérité ») était la cheffe des Amazones du Dahomey. En 1851, elle dirigea une armée entièrement féminine composée de 6 000 combattantes contre la forteresse Egba de Abeokuta. Les Amazones étaient  sélectionnées parmi les enfants d’esclaves et seules les jeunes filles sont gardées, affranchies et entrent au harem du roi. Après une formation, elles intègrent le corps des femmes de guerre du roi. Le corps des « Minos » est composé d’environ 5000 guerrières réparties en 3 brigades de plusieurs régiments et il est commandé par une femme s’étant illustrée au combat. La hiérarchie comprend des officiers (« gahu »), des sous-officiers (« aouaigan ») et de simples soldats.

Elles étaient  regroupées en bataillons qui marchent à proximité du roi et ne combattent que sur son ordre. Un bataillon est divisé en 5 catégories de combattantes, à savoir:

  • les « agbaraya », armées de tromblons ;
  • les « gbeto », qui chassent l’éléphant ;
  • les « nyckphehthentok », qui sont chargées de l’équarrissage ;
  • les « galamentoh », armées de Winchester ;
  • les archères avec leurs flèches empoisonnées.

Leur entraînement intensif commence dès le plus jeune âge, comprenant les combats, le maniement d’arme et les exercices extrêmes comme traverser une construction d’épines, vaincre un taureau à main nues. Leur stratégie n’obéit qu’à une seule règle : tuer sans se soucier de sa propre vie. Pour cela, elles s’enivrent d’alcool avant le combat. Les captifs des Amazones sont généralement décapités.

  • Les Amazones d’Amazonie : au XVIe siècle, durant les premières expéditions espagnoles, Orellana découvre sur les bords du Maragnon des femmes qui combattent aussi férocement que les hommes. En 1557 virent le jour deux gravures effrayantes représentant ces guerrières, réalisées par André Thevet pour qui « Elles font la guerre ordinairement contre quelques autres nations, et traitent fort inhumainement ceux qu’elles peuvent prendre en guerre. Pour les faire mourir, elles les pendent par une jambe à quelque haute branche d’un arbre ; pour l’avoir ainsi laissé quelque espace de temps, quand elles y retournent, si le cas forcé n’est trépassé, elles tireront dix milles coups de flèches ; et ne le mangent comme les autres sauvages, ainsi le passent par le feu, tant qu’il est réduit en cendre ».

Si, au XIXe siècle, l’on trouvait des Amazones en Afrique,  décrites avec force descriptions terrifiantes, aujourd’hui la légende est réinterprétée pour revendiquer les droits féministes. Comment les femmes occidentales se réapproprient-elles le mythe des Amazones antiques ?

L’influence sur le féminisme

Les Femen sont le groupe d’activistes féministes certainement le plus influencé par les Amazones. Ces femmes veulent une victoire sans concession sur le patriarcat par l’audace, en militant contre la prostitution, l’intégrisme religieux et l’esclavage patriarcal.

On les reconnaît facilement à leurs seins nus. Utiliser le corps comme moyen d’expression, de pression politique et de revendication se fait à leurs risques et périls, puisque ces femmes sont régulièrement arrêtées et emprisonnées dans le monde entier. C’est clairement une façon de dire « mon corps m’appartient ! » et provoquer ainsi une prise de conscience.

Les actions et revendications Femen se retrouvent également dans certaines sociétés africaines où les femmes affichent leur nudité pour contester des décisions masculines. Les hommes, horrifiés, cèdent mais le vivent comme une malédiction. Le corps féminin devient une arme.

Le mythe des Amazones a aussi généré une vision féministe lesbienne très développée. On voit aujourd’hui se construire un nouveau genre féminin. En effet, les Amazones sont doubles : le corps a les fonctions reproductrices de la femme mais également une certaine virilité. Elles se situent à la charnière entre deux genres. Les lesbiennes se réapproprient la figure Amazone de Sappho pour ancrer le lesbianisme dans le passé. En effet , la non-mixité dans laquelle vivaient les guerrières antiques poussent certaines homosexuelles d’aujourd’hui à réinterpréter la légende pour justifier leur sexualité. L’Amazone devient dès lors figure de détermination, de courage  de force. Elle est aussi l’occasion d’aller au-delà d’une beauté hétéro-normative. En effet, la femme dominatrice est l’un des stéréotypes de la dominatrice qui renforce ainsi la domination masculine. Certaines artistes lesbiennes, comme Lena Vandrey, représentent les Amazones de manière très différente. En 1967, elle réalise son autoportrait en Amazone. Il met en scène un personnage à la peau blanche et aux yeux bleus, assis sur un cheval noir. Le cheval est représenté de manière très schématique, ses yeux en éclats de miroir peints et sa queue sont les rares éléments qui nous indiquent sa présence. Le titre du tableau est écrit sur la toile autour du personnage. Celui-ci porte des coquillages et des fleurs dans ses cheveux constitués de poils. Une feuille de chêne est fixée entre le pouce et l’index de sa main droite. Des éléments végétaux parsèment la toile. Pour l’artiste, être Amazone est une essence. L’Amazone devient un modèle, une source d’inspiration, le catalyseur d’une révolution sexuelle et romantique.

Le mythe des Amazones est sans aucun doute lié en partie à la misogynie qui voyait dans ces guerrières des rebelles contre l’ordre social. Aujourd’hui, cette rébellion est revendiquée comme le droit d’être acceptée dans sa féminité. La honte d’être femme a disparu pour laisser place à une imagerie peut-être plus souple, plus confiante en l’avenir, plus artistique et créative.

Cette légende a influencé pléthore de femmes et leur a donné l’assurance nécessaire pour vaincre la crainte du patriarcat. De la Grèce Antique jusqu’au lesbianisme, les Amazones guident les pas des femmes.

Sarai David est une écrivain humaniste de 35 ans, elle est aussi photographe d’art et publie de la poésie, des romans psychologiques et des essais.

Une des femmes qui l’inspire est Asia Argento, car elle se bat pour changer les mentalités. Elle est pour Sarai David l’image du vrai féminisme qui lutte tous les jours pour la dignité de la femme. Asia Argento a souffert en tant que femme violée et désormais prend la défense des autres victimes.

Le style des « Fairy paintings » anglo-saxonnes du XIXe siècle. Les fées sont nues et pures. Les peintres ont montré le corps féminin sans qu’il soit éhonté. Dans une époque de puritanisme chrétien, montrer une nudité féminine était considéré comme un acte de rébellion sociale.

Sarai David est une écrivain humaniste de 35 ans, elle est aussi photographe d'art et publie de la poésie, des romans psychologiques et des essais. Une des femmes qui l'inspire est Asia Argento, car elle se bat pour changer les mentalités. Elle est pour Sarai David l'image du vrai féminisme qui lutte tous les jours pour la dignité de la femme. Asia Argento a souffert en tant que femme violée et désormais prend la défense des autres victimes. Le style des "Fairy paintings" anglo-saxonnes du XIXe siècle. Les fées sont nues et pures. Les peintres ont montré le corps féminin sans qu'il soit éhonté. Dans une époque de puritanisme chrétien, montrer une nudité féminine était considéré comme un acte de rébellion sociale.