Non classé,  Parlons féminisme

Ce que le féminisme doit à la peur

La peur du féminisme est un phénomène généralisé dans notre société actuelle, ce qui ne cesse d’alimenter le débat sur le bien fondé de la cause féministe. Pourtant quand on sait que le féminisme prône l’égalité entre les hommes et les femmes, il me paraît clair que le bien fondé en est directement exposé.  

Manifestation pour l’émancipation des femmes aux USA

L’anti-féminisme est, pour ainsi dire, né en même temps le féminisme lui-même, si chaque cause à ses opposants, le féminisme ne fait pas exception. Des hommes et des femmes qui pensaient que le féminisme bouleverserait l’ordre établi de la société patriarcale dans laquelle ils évoluaient et qui semblait leur convenir. En clair, des opposants à l’émancipation de la femme. En effet, le féminisme nous a permis d’obtenir le droit de vote, le droit à l’avortement, le droit à la contraception, le droit de se passer de la tutelle d’un homme, le droit d’ouvrir un compte en banque, le droit à la parole et à la liberté… Mais aujourd’hui il est bafoué et renié.

Loin des convictions primaires du féminisme, on lui confère des aspects violents et malsains. On préfère le penser inutile et obsolète, quand plus que jamais nous avons besoin de faire résonner nos voix sous ses bannières. Des voix y résonnent déjà, celles de toutes celles et ceux qui se sont battus pour nos droits. Il me semble plus que primordial que chacun d’entre nous, au delà de simplement les entendre, les écoutent et les comprennent. Ces voix du passé et du présent sont celles qui conduisent à faire entendre les voix du futur. Mais ce sont aussi ces voix, ces paroles, qui engendrent cette peur du féminisme auquel nous devons faire face.

« « Féminisme » n’est pas un gros mot. Ça ne veut pas dire qu’on déteste les hommes, ça ne veut pas dire qu’on déteste les femmes avec de jolies jambes et du bronzage et ça ne veut pas dire qu’on est une garce ou une gouine, ça veut dire qu’on croit en l’égalité. »  – Kate Nash

Le féminisme est un mouvement universel et inclusif, ce mot a été désigné pour représenter notre cause mais au delà de se rapporter, comme on pourrait le penser, aux femmes uniquement et à cette part de féminin résidant en chacun de nous, il s’attache à chaque être avant tout, sans distinction de race, sexe, genre, catégorie sociale, orientation sexuelle. Par définition, “C’est un mouvement social qui a pour objet l’émancipation de la femme, l’extension de ses droits en vue d’égaliser son statut avec celui de l’homme, en particulier dans le domaine juridique, politique, économique.” – Centre national de ressources textuelles et lexicales (CNRTL). Malheureusement, nous ne sommes pas éduqué.e.s au féminisme et ce que nous le savons nous l’avons appris par nos propres recherches, ainsi ce terme n’a pas de réelle définition universelle, ce qui nourrit la controverse. Et, force est de constater que si aussi peu de femmes se disent féministes c’est qu’il y a un problème d’envergure qui se cache derrière ce manque d’informations, voire ce trop plein de désinformations.

« Je n’ai jamais été capable de définir précisément ce que voulait dire le féminisme : je sais seulement qu’on me désigne comme féministe chaque fois que j’exprime des sentiments qui me différencie d’un paillasson. » – Rebecca West

C’est en cela que se nourrit cette peur injustifiée du féminisme, le diable se cache dans les détails, et la peur dans l’ignorance et l’incompréhension. Le travail d’éducation de la population mondiale au féminisme et à ses enjeux, demande du temps et de l’investissement, il s’agit de lire, de discuter, de regarder, d’écouter, de demander… C’est donc une responsabilité énorme que de se dire féministe, mais dans le même temps, s’en est une plus grande encore que de se prétendre l’inverse. Soutenir la cause anti-féminisme est une extension de la pensée patriarcale qui veut que la femme soit et reste inférieure à l’homme, rien de moins. Dès lors, lorsqu’on se dit anti-féminisme, c’est que l’on croit en la suprématie masculine, et que l’on dénigre la position des femmes.

L’anti-féminisme conduit à penser que le féminisme est un mouvement de haine et de violence, en se basant sur des comportements de femmes féministes jugées trop extrémistes par la société. L’individualité de chacun et chacune n’est pas considérée et on attribue à un mouvement entier les réflexions d’une minorité, pourtant croire que les femmes doivent avoir les même droits que les hommes fait de vous un.e féministe, et c’est de cela dont il s’agit. Néanmoins, nombre de femmes et d’hommes pensent que l’égalité a été atteinte et donc que le féminisme est un mouvement constitué de femmes voulant établir une suprématie féminine. Pour autant, il ne faut pas négliger de considérer des points évidents, tels que l’égalité salariale, l’instrumentalisation du corps des femmes, la place des femmes au sein du monde politique et entrepreneurial, qui restent encore loin d’appliquer l’égalité totale. Cette croyance d’une égalité déjà atteinte se base généralement sur une expérience personnelle non caractérisée par des situations marquées par le patriarcat, et sur l’ignorance des arguments de fait. Par contre, il est aussi récurrent que ces même personnes en arrivent à dénigrer la légitimité de celles dont l’expérience personnelle conduit, malheureusement, à pouvoir affirmer le contraire.

« N’oubliez jamais qu’il suffira d’une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question.” – Simone de Beauvoir

Il est possible de vivre sans avoir eu conscience de ce que la société d’aujourd’hui implique pour les femmes, et donc de ne se sentir aucunement atteinte et oppressée, mais en revanche il est inconcevable de mettre en doute des paroles de femmes qui en pleine conscience décide de s’exprimer. Ici, c’est l’individualité qui prime, c’est le vécu de chacun.e qui conduit ou non à s’identifier au mouvement féministe, alors que cela ne devrait pas être le cas. Le combat féministe, mené ici comme ailleurs, a une incidence sur la vie des femmes partout dans le monde, alors loin d’être une cause personnelle, la solidarité dans cet engagement est primordial. Et ce n’est pas uniquement à la solidarité féminine à laquelle je fais référence, mais plutôt à une solidarité universelle.

Mais s’il est vrai que beaucoup de femmes ne se disent pas féministes, plus d’hommes encore ne s’associent pas au mouvement. Le féminisme est caractérisé comme une philosophie qui conduit à la castration de l’homme et de sa virilité. Loin d’être une réalité, cette vision malsaine conduit à construire un plaidoyer de l’anti-féminisme et avoir peur du féminisme et de ses militantes. Reconnaître la femme comme l’égale de l’homme et lui attribuer les même droits conduiraient à écraser la masculinité de certains ? Soit, mais si l’homme a besoin de se sentir supérieur à la femme et de l’oppresser pour se sentir homme et sauver ce qu’il qualifie de virilité, la lutte féministe devrait prendre tout son sens aux yeux de chacun. Le féminisme n’est pas une affaire de lutte de pouvoir entre hommes et femmes, il s’agit d’une lutte commune pour le bien de chacun. Reconnaître la femme comme son égal revient à libérer l’homme de ses attributs “virils” que la société exige de lui, c’est obtenir la liberté de chaque individu.

« Alors que nous avons le courage d’élever nos filles comme nos fils, nous avons rarement le courage d’élever nos fils comme nos filles. » – Gloria Steinheim

Un avenir paritaire ne peut être envisagé sans reconnaître les torts de la société dans laquelle nous évoluons, et ce, en considérant l’humanité dans sa globalité comme s’il s’agissait de notre propre individualité. Il est temps de prendre conscience. Il est temps d’agir, car ce que le féminisme doit à la peur, c’est le silence et l’indifférence.

« Ce ne sont pas nos différences qui nous immobilisent, c’est le silence. » – Elsa Dorlin

Étudiante en licence d’informatique, ambassadrice au sein de Wifilles, et fervente féministe, Anaïs veut s’engager en faveur de l’égalité. En créant Be Leaders une plateforme médiatique participative elle vise à démocratiser les informations et les réflexions sur le féminisme, et contribuer au développement du leadership féminin.

Étudiante en licence d'informatique, ambassadrice au sein de Wifilles, et fervente féministe, Anaïs veut s'engager en faveur de l'égalité. En créant Be Leaders une plateforme médiatique participative elle vise à démocratiser les informations et les réflexions sur le féminisme, et contribuer au développement du leadership féminin.