Vers une nouvelle représentation des femmes grâce au film « Black Panther » ?


mars 18th, 2018
Affiche du film « Black Panther », de gauche à droite : Nakia, Shuri, Okoye

 

Pulvérisant tous les records du box-office depuis  son entrée le 14 février dans les salles, le film « Black Panther » est probablement LA révélation de ce début 2018.

Porté par un casting à grande majorité noire, ce film marque un tournant dans la représentation de l’Afrique, mais également des personnages noirs dans le cinéma hollywoodien.
Inspirée du héros éponyme créé dans l’univers Marvel en 1966, l’histoire se déroule de nos jours au Wakanda, royaume imaginaire et futuriste d’Afrique dissimulant au reste du monde son avancée technologique. Sous le masque du « Black Panther » se cache  le héros T’Challa, prince héritier du royaume du Wakanda. Bien que le film soit centré sur l’accession au trône de ce dernier, ainsi que sur son combat l’opposant à son ennemi Erik Killmonger, trois figures féminines portent l’histoire. Toutes liées au héros, elles entretiennent une relation d’égalité avec lui, basée sur un profond respect mutuel.
Le scénario dépasse les simples rôles les associant au héros, auxquels sont traditionnellement réduits les personnages féminins, (ici sœur, ancienne compagne et bras droit du prince T’Challa) en leur permettant d’exprimer leur propre personnalité et de participer pleinement au combat divisant le Wakanda.
Ces trois personnages répondent au nom de Shuri, Nakia et d’Okoye.

SHURI, la princesse inventrice  (Letitia Wright)

Adolescente de 16 ans, Shuri  ne se cantonne pas à son titre de princesse wakandaise, sœur du héros. Intelligente et experte en technologies avancées, elle participe activement à l’essor de son pays depuis son laboratoire situé dans les sous-sols du palais. Premier soutien de son frère, elle lui apporte une aide considérable en lui fournissant des gadgets futuristes l’aidant dans ses missions, tel Q l’irremplaçable assistant de 007. En faisant passer au second plan la qualité de princesse de cette héroïne pour privilégier ses compétences techniques et scientifiques, Disney continue dans sa volonté de bousculer le cliché de la princesse passive. Shuri ne se démarque pas seulement par son génie mais aussi par son humour. Elle apporte par son originalité un nouveau modèle auquel la nouvelle génération de petites filles s’identifiera sûrement.
L’un des points les plus touchants du film reste la relation fraternelle entre Shuri et T’Challa qui est l’une des rares à être aussi approfondie dans l’univers pop culture1, le film sachant mettre en valeur la belle complicité unissant les deux personnages.

Nakia,  la guerrière humanitaire combattant Boko Haram (Lupita Nyong’o)

Ancienne compagne de T’Challa au début du film, le personnage de Nakia s’affranchit rapidement dudit rôle.
Combattive et éprise de justice, Nakia veut faire partager le développement wakandais au reste de l’Afrique et y apporter la paix. Ce sont ses convictions qui l’ont poussée à rompre avec T’Challa et à quitter les siens afin de mener à bien son projet, brisant ainsi la tradition d’isolationnisme du Wakanda. Femme de cœur, ses sentiments  ne l’ont cependant pas emmenée vers l’amour mais vers les régions troublées du Nigeria, menacées par le groupe terroriste Boko Haram qu’elle combat activement. Tournée vers les autres pour qui elle a quitté son pays, Nakia s’impose comme une humanitaire, luttant contre l’embrigadement d’enfants soldats et l’enlèvement de femmes par cette organisation.
A l’heure où plusieurs centaines de lycéennes nigérianes  sont toujours aux mains de Boko Haram, le combat de Nakia à travers le film prend une résonnance toute particulière et lui donne une dimension de femme engagée dans les problématiques de l’Afrique d’aujourd’hui.

OKoye la générale fière et loyale (Danai Gurira)

Le personnage d’Okoye incarne un autre modèle de femme forte avec sa loyauté indéfectible au trône du Wakanda et son sens aigu de l’honneur.
Héroïne au crâne rasé, armée d’une lance qu’elle n’hésite pas à user contre tous ceux menaçant sa patrie, Okoye occupe une position assez rare dans la pop culture1 pour être soulignée : elle est générale à la tête une armée composée exclusivement de femmes ; les Dora Milaje.
Cette unité courageuse et  déterminée, protégeant son pays, demeure un des éléments les plus marquants du film. Royaume futuriste, à la technologie avancée, le Wakanda est gardé par ces amazones qui illustrent l’ancrage de l’égalité homme-femme dans les valeurs ce pays. Ces guerrières  qui arborent la même coupe rasée que leur cheffe, avec leurs costumes rouge flamboyant, leurs lances et leurs parures, symbolisent une autre version de la féminité brisant par la même occasion les clichés sexistes.
Okoye en tant que générale de la garde royale du Wakanda demeure une figure éminemment  respectée dans son pays, écoutée avec attention par son propre roi. Ayant un dévouement sans faille envers le trône, cette héroïne place son devoir à l’égard de son peuple au dessus de tout. Par sa position de cheffe militaire incontestée, le personnage d’Okoye sonne comme une véritable ode à la figure de la femme forte et fière.

Nakia , Okoye et Shuri  annoncent toutes de manière différente une nouvelle tendance du cinéma hollywoodien, et par extension de la pop-culture, à aborder la question de la représentation des personnages féminins dans leurs œuvres.
Au-delà du caractère féminin, « Black Panther » s’impose à travers ces trois personnages comme un tournant essentiel pour la figuration  des femmes noires dans le cinéma d’Hollywood, trop souvent reléguées aux rôles clichés  de la  « bonne copine grande gueule de l’héroïne blanche (Clueless ), de la « mama » (Autant-emporte le vent ) ou pire au rôle de « noire »  supposé comme trait de caractère. De ce fait, le film offre aux afro-descendantes 2 du monde entier de nouveaux modèles correspondant davantage au reflet d’elles-mêmes: douce, guerrière, inventrice, forte, altruiste, etc.
Au Wakanda, il n’y a point de princesse attendant d’être secourue par un preux chevalier, mais des femmes maîtresses de leur destin, capables de participer chacune à leur manière à la défense de leur pays.
En cela , le message d’égalité entre les genres porté par « Black Panther » fait écho à une certaine réalité matriarcale3 des sociétés africaines et de leur diaspora. Ce pouvoir s’apparente à la notion moderne de féminisme abordée par l’écrivaine nigériane Chimamanda Ngozi Achidie, affirmant: « (…) le féminisme a toujours fait partie de l’Afrique. Il y a toujours eu des femmes féministes en Afrique. » 4.

 

  1. Pop-culture : une forme de culture dont la principale caractéristique est d’être produite et appréciée par le plus grand nombre, à l’opposé d’une culture élitiste ou avant-gardiste qui ne toucherait qu’une partie aisée et/ou instruite de la population.
  2. Afrodescendant(e) : Personne née hors du continent africain et ayant une ascendance africaine subsaharienne
  3. Matriarchie : Société ou situation où les mères (ou par extension les femmes et dans une société animale les femelles) détiennent l’autorité, le pouvoir
  4. Propos recueillis par le journal Libération, le 28 janvier 2018

Féministe intersectionelle , Angela Lovegood est une jeune femme de 22 ans étudiante en droit. Quand elle ne se penche pas sur les arrêts de la Cour de cassation, Angela regarde (beaucoup trop) la saga Harry Potter ou des séries tout aussi géniales telles que Daria, Veronica Mars ou encore The Good place.

Parmi ses modèles d’inspiration féministe, figure la journaliste afro-américaine Ida B.Wells ayant lutté pour les mouvements civiques aux Etats-Unis, pionnière d’un féminisme conscient des problématiques  que vivent les femmes noires.