Au-delà des archétypes


mars 23rd, 2018

Le féminisme n’a pas toujours bonne réputation car on lui attribue une agressivité qui n’existe pas forcément. Savons-nous vraiment ce qu’est le féminisme ?  Essayons ici de saisir sa nature, son histoire et ses enjeux.

Féminisme kézaco?

Il s’agit d’un mouvement social et philosophique qui tend à l’égalité avec les hommes. Le désir de parité est parfois confondu avec  de la haine du fait que l’engagement féministe trouve sa justification dans la maltraitance subie par ces femmes – viols, coups, ruines financières. C’est avant tout un mouvement de libération et de dignité de la femme. Comment en sommes-nous arrivées là ?

L’évolution du féminisme des années 20 à nos jours

  • Les années 1920-1930

Il faut se rappeler que jusqu’au XIXe siècle  les femmes n’avaient aucun droit sauf celui de garder en bon état le foyer et de faire le plus d’enfants possible. Dans les années 1920-1930 en France de nombreux pamphlets circulent contre l’émancipation féminine comme celui de Marthe Borély, « Le génie féminin francais« , paru en 1917 . De plus, des intellectuels tels que Pierre Joseph Proudhon ont largement contribué à  l’humiliation des femmes dans la société moderne émergente, prétextant que le travail des femmes  était une concurrence déloyale sur le marché. N’oublions pas non plus que les femmes qui osaient porter des pantalons larges pour circuler en vélo dans la rue se faisaient agresser à jets de pierres et insulter. A cette époque les femmes  revendiquaient surtout le droit à  l’éducation et celui de travailler.

  • Les années 60

Les années 60 ont permis une avancée majeure dans les mentalités. Le foyer  était perçu comme une aliénation. C’est aux USA que le féminisme a vu le jour en accompagnement de l’anti-esclavagisme. C’est John Kennedy qui fonda en 1961 la National Organization of Women. Les femmes revendiquent alors le droit d’avorter et celui de la contraception. La notion de genre apparaît. Mais avant 1970 les femmes n’avaient pas de statut social particulier. En effet, la femme ne faisait pas partie intégrante de la société civile. Elle n’était vue que comme une petite ouvrière ou la femme au foyer. Entre 1960 et 1970 on peut vraiment parler de révolution car c’est à cette époque que des revendications vont commencer à modifier radicalement la vie des femmes. En France, le Mouvement de Libération des Femmes refuse et se bat contre l’inégalité qui existe entre les hommes et les femmes, et souhaite que la femme dispose librement de son corps et ainsi pouvoir faire une différence entre leur sexualité et la procréation. Les femmes demandent également le droit à l’avortement ainsi qu’une amélioration dans leurs vies quotidiennes comme, par exemple, l’aide aux taches ménagères.

  • Et maintenant ?

Le féminisme d’aujourd’hui comporte des acquis: droit de voter, avorter légalement, porter le pantalon en public, conduire, travailler, faire des études… Or c’est aussi devenu un mouvement complexe développé dans un monde médiatique de haute envergure, d’éclatement familial, de sexualité fortement décompléxée, du sida, des mouvements homosexuels et transgenres… Le féminisme se pense maintenant dans un cadre pluriculturel et progressiste. Le féminisme va donc au-delà des catégories et archétypes psychologiques et sociaux. Toutefois cette vision des choses ne fait pas que des adeptes.

Pourquoi l’antiféminisme?

Les thèses antiféministes continuent d’affluer en prétendant que les féministes sont la cause de l’augmentation des violences conjugales. Les femmes seraient même violentes envers les hommes dit-on… Le chercheur en violence conjugale Murray A. Straus prétend que le féminisme est devenu un axiome inviolable. Selon lui, le féminisme aurait inventé des preuves déformées visant à discréditer les tentatives masculines pour se défendre. Eric Zemmour critique aussi les féministes en utilisant, dans son livre Le premier sexe, l’argument selon lequel le renforcement du pouvoir social des femmes serait considéré comme un obstacle à la séduction, conçue alors comme un rapport de force naturellement violent où l’homme devrait tenir le rôle dominant… Son discours s’inscrit dans une critique du féminisme radical qui considère l’homme inférieur. Si l’antiféminisme est une réalité, il n’en reste pas moins que certaines femmes ont réussi à s’imposer dans des domaines jadis réservés aux hommes comme c’est le cas de la religion. Alors, comment concilier tradition et modernité ?

Femme et judaïsme

Aujourd’hui nous assistons à  un renouvellement dans le domaine religieux. En effet, certaines communautés acceptent de plus en plus la nouvelle place faite aux femmes. C’est le cas de Pauline Bebe qui fut la première rabbin libérale de France en 1990. S’est ensuivi la rabbin Delphine Horvilleur qui, dans son ouvrage « En tenue d’Ève » tente d’expliquer pourquoi les femmes sont mal vues dans la religion juive en déclarant que « Oui le judaïsme, comme toutes les autres traditions religieuses, est misogyne lorsqu’il ne s’interroge pas sur la place du féminin dans son système de pensée, lorsqu’il lit les textes qui parlent des femmes, qu’il s’agisse du Talmud ou de la littérature rabbinique, de manière résolument antihistorique sans jamais prendre en compte des lectures et des interprétations. Il est misogyne quand il ne conçoit pas d’autre place pour la femme que celle assignée par son corps, ses fonctions reproductrices ou les attributs de son genre, quand il ferme aux femmes les portes des maisons d’étude ou de l éxégèse et quand il choisit de ne pas apporter de réponses à la détresse de femmes opprimées par une loi religieuse patriarcale« 

Si la religion reste encore hermétique au changement de mœurs, il en va autrement de la philosophie.

Féminisme et philosophie politique

La philosophe Françoise Collin interroge le nouveau rapport du féminisme avec l’avenir politique. En effet, un horizon inconnu se dessine à mesure des actes. A supposer qu’on sache seulement définir le type d’égalité visée, comment pouvoir imaginer une société transformée par des rapports entre sexes devenus égalitaires ?

« Défini d’abord par son urgence émancipatrice, le féminisme est contraint d’intégrer, voire de reconnaître la pertinence de ses divers courants de pensée internes : il contraint désormais les femmes au politique. Il n’est donc pas liberté encore, mais libération. » – Françoise Collin

Libérer la femme en lui octroyant un avenir politique est possible.
Est-ce que l’art apporte aussi une aide dans l’émancipation féminine ?

Féminisme et art

On l’appelle gynocritique, terme inventé par Elaine Showalter, une critique féministe et auteure littéraire américaine sur les questions culturelles et sociales. Elle estime dans son livre « Toward a Feminist Poetic » que « Contrairement à une idée fixe sur la littérature masculine, le programme de la gynocritique doit construire un cadre féminin pour l’analyse de la littérature des femmes, développer de nouveaux modèles basées sur l’étude d’une expérience féminine plutôt que d’adapter les modèles et les théories masculins. La gynocritique commence au moment où nous nous libérerons des absolus linéaires de l’histoire littéraire masculine, que nous cesseront d’essayer d’adapter des femmes aux les lignes de la tradition masculine, et que nous nous centrerons sur le nouveau monde visible de la culture féminine » .

L’écriture féminine est devenue sujet d’étude et de discours à part entière. Ainsi se dire féministe consiste à  ne pas avoir honte d’être une femme. C’est l’envie de ne plus taire les injustices et porter haut le drapeau de la justice humaine. C’est aussi une expérience de soi et des autres en art et en littérature. Le féminisme est le respect de la dignité féminine.

Sarai David est une écrivain humaniste de 35 ans, elle est aussi photographe d’art et publie de la poésie, des romans psychologiques et des essais.

Une des femmes qui l’inspire est Asia Argento, car elle se bat pour changer les mentalités. Elle est pour Sarai David l’image du vrai féminisme qui lutte tous les jours pour la dignité de la femme. Asia Argento a souffert en tant que femme violée et désormais prend la défense des autres victimes.

Le style des « Fairy paintings » anglo-saxonnes du XIXe siècle. Les fées sont nues et pures. Les peintres ont montré le corps féminin sans qu’il soit éhonté. Dans une époque de puritanisme chrétien, montrer une nudité féminine était considéré comme un acte de rébellion sociale.